Célestin Monga a rencontré Paul Biya à Etoudi

Lundi 17 juillet 2017. Historique poignée de mains entre le dissident bien connu et le chef de l’Etat, lors d’une audience accordée au palais de l’Unité par Paul Biya au président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), le Dr Akinwumi Adesina, en visite de travail au Cameroun sur invitation des pouvoirs publics. Notre compatriote Monga, âgé de 57 ans, qui  en est vice-président et demeure économiste en chef de cette institution panafricaine, faisait partie de la suite de cet économiste nigérian.

PAUL AYAH ABINE: Des interrogations sur son avenir

La session du Conseil supérieur de la magistrature tenue ce 07 juin 2017 a, en plus d’autres décisions fortes comme le remplacement du président du Tcs, réglé définitivement la carrière professionnelle de ce leader politique.

Tout partit d’une convocation qu’il reçut le jeudi 19 janvier 2017 à son domicile à Yaoundé, en milieu d’après-midi, servie par deux gendarmes du Sed. Convocation initiée dans le cadre de la vague d’arrestations au lendemain de l’interdiction d’activités faite au Cameroon anglophone civil society consortium (le Consortium), et au Southern Cameroon national Council (Scnc), mouvement sécessionniste. Ce magistrat était alors avocat général près la cour suprême, où il avait été nommé en 2014. Certains durs du régime le considérant comme étant le leader des factieux, lui qui devint député de la Manyu pour le compte du Rdpc en 2002, avant d’en démissionner en janvier 2011 pour créer le People’s action party (Pap), dont il porta la candidature lors de la dernière présidentielle.  Au sein du Rdpc déjà, Paul Ayah était connu pour être une forte tête, comme se préparant à la dissidence, n’hésitant alors pas à braver les instructions de la hiérarchie. C’est ainsi qu’en 2008, il fut contre la révision constitutionnelle devant permettre à Paul Biya de briguer un troisième septennat consécutif, en 2011. Et partant  pouvoir se faire élire autant de fois qu’il le souhaiterait. Avant même cette action d’éclat qui au sein du Rdpc était considérée comme un acte de témérité courage suicidaire, le catéchisme officiel du parti étant parole d’évangile, il fit partie des députés qui demandèrent une enquête pour corruption contre un membre du Gouvernement, Augustin Frédéric Kodock, alors ministre de l’Agriculture.

C’était donc un grand risque que prenait le chef de l’Etat en le nommant à la cour suprême, dans une geste qui se voulait un exemple palpable de bonne gouvernance et respect des us démocratiques : la nomination d’un opposant à une telle fonction, sans que les circonstances l’exigent formellement. «Avant cette nomination, des informations persistantes le déclaraient bientôt à la tête du SCNC», écrivait Mutations le vendredi 20 janvier dernier.

C’est le 21 janvier dernier que Paul Ayah Abine avait été interpellé. Il devait répondre des faits de complicité et apologie de terrorisme dans le cadre des revendications relatives à la crise anglophone. Le 16 mars 2017 à la première audition, ses avocats dénoncèrent les conditions d’arrestation de leur client, les estimant non conformes. Mais le 21 mars 2017, celui qui est détenu Sed avait vu rejeter la  demande de libération immédiate déposée par ses avocats, devant le Tribunal de grande instance du Mfoundi. Celui-ci estimant qu’il n’y avait eu aucune violation de la loi lors de son arrestation. Ce à quoi s’opposent ses conseils, qui relèvent que l’intéressé a été interpellé sans mandat d’amener.

Le collège de ses avocats, sous l’impulsion du Pr Maurice Kamto, rappelant que l’arrestation d’un haut magistrat obéit à des procédures spécifiques, qui d’après eux auront tout simplement été violées avec le leader du Pap. En tout cas le tribunal aura été d’un avis contraire, et l’homme doit rester derrière les barreaux pour affronter la justice. Se confiant au quotidien Emergence,  son fils Ayah Ayah Abine, porte-parole de la famille, déclarait  fin avril : «Cela fait 100 jours que la famille est partagée entre la peur, les menaces et les intimidations. Par exemple dans la nuit de vendredi à samedi matin dernier, des gens ont essayé pendant plus de deux heures de temps de forcer notre portail. Ils ont sonné, ils nous ont même appelés. Est-ce une coïncidence ou un pan de tout ce qui nous arrive à notre famille depuis le 21 janvier 2017, jour où notre père a été enlevé ? Le fait que tout ceci nous arrive après son enlèvement nous fait croire que c’est juste la suite de ce complot politique qui est mené contre notre famille».

A propos de la demande d’habeas corpus rejetée par la Cour d’appel, le porte-parole de la famille Abine alléguait, reprenant des arguments des conseils de la famille, que «soit cela relève de l’ignorance des juges, ou alors ils reçoivent des ordres de l’exécutif. L’article 584 du code de procédure pénale parle de l’habeas corpus et stipule que le Tribunal de grande instance statue sur l’arrestation et la détention illégales d’un individu en cas de non suivi de la procédure. L’article 18 du même code stipule que l’arrestation s’effectue sur la base d’un mandat d’arrêt, sauf en cas de flagrant délit qui ne s’applique pas à Paul Ayah Abine. Y avait-il un mandat d’arrêt lors de son arrestation ? Non. C’est pour cela que je parle d’enlèvement. Il a été mis en détention un samedi, en violation de l’article 119 alinéa 4 du code de procédure pénale».

C’est dans ce contexte qu’est intervenue la nouvelle de l’arrestation du fils de ce magistrat embastillé, alors qu’il attendait dans l’enceinte du Tribunal militaire de Yaoundé la nouvelle comparution des leaders du Consortium Anglophone Musicians. Ayah Ayah Abine, quelques jours avant son 34ème anniversaire qui est survenu le vendredi 09 juin 2017, aurait été mis aux arrêts par la gendarmerie. Ceci en compagnie de son cousin, étudiant à l’Université de Buea, le nommé Christian Etonong. Il serait reproché au fils Ayah, fonctionnaire du ministère des Sports et de l’Eduction physique, diplômé de l’Injs, ainsi qu’à son compagnon d’infortune, d’avoir apporté une camera au tribunal militaire. On les soupçonnerait ainsi d’avoir fait des prises de vues illégales. Série noire pour le jeune homme car le jour même, parmi les résolutions prises par le Conseil supérieur de la magistrature s’étant tenu au Palais de l’Unité, figurait la mise à la retraite de son géniteur, le magistrat hors hiérarchie qui perdait ipso facto ses fonctions d’avocat général près la Cour suprême du Cameroun, avec à la clé quelqu’un d’autre nommé pour le remplacer : l’ancien président du Tcs Yap Abdou. Le Chef de l’Etat, président du Conseil supérieur de la magistrature, n’a donc pas suivi certains de ses conseillers qui lui recommandaient la révocation pure et simple de cet homme de droit qui se dit incarcéré « sans justification aucune, sans la moindre inculpation et personne ne me déclare jusqu’à présent ce qui justifie ma présence ici (au Sed, Ndlr)».

Alamine Ousmane Mey, l’exemple à suivre

Venu du privé, le ministre en charge des Finances a, sans tambour ni trompette, apporté une touche personnelle qui devrait faire des émules dans la haute administration. Faits concrets.

Lors des «African Banker Awards 2016», ce rituel annuel organisé par l’Association des banquiers d’Afrique pour décerner des prix et magnifier l’excellence, Alamine Ousmane Mey (AOM) a été désigné meilleur ministre des Finances du continent africain. Cette solennelle reconnaissance des mérites du Minfi hors de nos frontières, traduction de l’estime dont il jouit en raison de ses capacités, sa vision et son action,  lui a été matérialisée par la remise d’un trophée il y a un an exactement, en marge des assises de l’Assemblée générale de la Banque Africaine de Développement (Bad) en Zambie. Cette distinction récompensant sa contribution au développement socioéconomique de son pays, entrait dans le cadre de la traditionnelle remise de lauriers, qui a lieu tous les ans lors des assemblées générales de la Bad, et a pour but de rendre hommage à l’excellence dans le secteur de la banque et de la finance sur le continent.

En début d’année, ce sont plus de 700 personnels de l’Etat qui ont été mis en débet mesure prise contre eux par les pouvoirs publics après la perception présumée frauduleuse de 1,3 milliard F en 2016. Car des fraudeurs on sait tous qu’il y en a, opérant seuls ou en bandes organisées ; mais ces derniers, grâce aux différents mécanismes mis en place par le Minfi, sont identifiés empêchés de poursuivre leurs forfaits.  L’Etat s’assurant en outre qu’ils remboursent jusqu’au dernier fifrelin les sommes distraites, sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être engagées à leur encontre.

Zorro est arrivé

Quand ce banquier arrive au ministère des Finances, le fléau du « mboma » y sévit, et quoiqu’il fît alors part de sa détermination à lutter contre de tels maux, on ne lui donnait pas grande chance de succès, tellement cette hydre avait solidement établi ses bastions, dans un système souterrain brassant de gros sous.  L’on a affaire à une vieille combinaison exploitée par les fraudeurs depuis l’informatisation du système de gestion de la solde et des pensions. Comment procèdent-ils ? Concrètement, l’on a des fonctionnaires qui se font payer à plusieurs reprises les mêmes émoluments : qu’il s’agisse de salaire mensuel, de rappel de soldes, d’avance de soldes, d’avancement de grade ou encore de reclassements.

Et c’est par un vaste coup de filet déployé par M. Ousmane Mey qu’au courant de l’année 2016, plusieurs personnels de son ministère, précisément en service à la cellule informatique de la direction de la dépense, de la solde et du personnel ont été interpellés et placés en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui.

Ils ont été inculpés de détournement pour un montant présumé de 1,3 milliard F ? Ceci par le biais du gonflement indu de salaires et primes au profit de plus de 700 agents publics. En cause des militaires, policiers, enseignants, divers autres fonctionnaires, et même des diplomates. Tous pris dans une maffia où des rabatteurs les approchaient pour leur proposer de multiplier leurs salaires, le surplus devant par eux être partagé à l’aboutissement du dossier. La phase suivante est d’effacer en machine les paiements déjà effectués, à chaque fois, et le tour était joué ! Pas vu, pas pris ? Non, puisqu’avec l’actuel Minfi, l’heure de ces bandits à cols blancs a depuis sonné. Si bien que la proportion de telles pratiques est devenue résiduelle, c’est-à-dire véritablement une exception en remplacement de ce qui était pratiquement une règle. Car avec l’appât du gain facile, il y avait peu de fonctionnaires qui résistaient à ces offres alléchantes. Et qui par l’action d’Alamine Ousmane Mey, s’en mordent depuis les doigts.

Car le Minfi est un homme de grande rigueur et rectitude morale, avec le souci du moindre denier public inhérent au banquier devant gérer l’argent d’autrui. Avant même d’entrer au gouvernement, il avait tapé dans l’œil de Paul Biya. Le chef de l’Etat lui avait ainsi demandé, avec deux autres hommes d’affaires nationaux, de l’accompagner à un sommet sur la création d’entreprises à Washington aux Etats-Unis, qui se tint du 26 au 27 avril 2010. Et c’est le 9 décembre 2011, qu’il fit sa brillante entrée aux affaires publiques, par sa nomination comme grand argentier national. Etant à ce titre chargé de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière financière, budgétaire, fiscale et monétaire.

Léopold YAMDJEU

Le fils d’Um Nyobè entre dans la danse

Pour quels résultats ? Son seul patronyme suffira-t-il à lui donner une stature de poids sur l’échiquier national ? 

Fils de Mpodol, il est venu au monde le 25 avril 1957 dans le maquis. Soit une année seulement  avant l’assassinat de son père Ruben Um Nyobè, ce fatidique 13 septembre 1958 aux environs d’Eséka. Celui que d’aucuns veulent présenter comme étant l’enfant prodige, Daniel Ruben Um Nyobè, est un ingénieur informaticien installé en France, qui veut à 60 ans s’impliquer davantage dans la vie politique de son pays, pour lequel son géniteur a payé le prix fort : celui du sacrifice suprême.

Ce que d’aucuns considèrent déjà comme une volonté d’instrumentalisation d’une icône nationale, il a été promu au poste de premier vice-président du Bureau du comité directeur de l’Upc. Nous étions alors le 27 mai 2017 à Yaoundé, au terme d’une réunion de ce Bureau du comité directeur de l’Upc. Interrogé sur ses ambitions politiques, l’intéressé rétorque d’emblée : « Quand on a été le fils de Ruben Um Nyobè, la politique fait partie de votre Adn. Mais il ne suffit pas d’être son fils pour être certain d’occuper une place de choix au sein du parti. Ça ne se décrète pas ; il faut être accepté par la base. Si mon père est aujourd’hui considéré comme la figure emblématique acceptée par la base, je prendrai mes responsabilités si un jour la base décidait de me confier des responsabilités ».

C’était sous la présidence du député Robert Bapooh Lipot, que le Comité directeur de l’Upc s’est ainsi réuni il y a quelques jours dans la capitale, pour se  pencher sur des sujets épineux à l’instar de la guerre contre la secte terroriste Boko Haram, la situation dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, ainsi que  les résolutions sur les grands défis qui interpellent le parti en cette veille de grandes échéances électorales.

Parmi les grandes résolutions prises par cette instance, figure donc en bonne place la promotion du fils du martyr Ruben Um Nyobè, dit le Mpodol (guide), à ce prestigieux poste. Au cours du traditionnel échange avec les médias  à l’issue de ces assises, le secrétaire général de l’Upc a insisté sur le souci permanent de cette formation politique, de mettre au-devant de la scène la famille de Ruben Um Nyobè, « père de l’indépendance du Cameroun » comme il l’affirma.

D’après l’honorable Bapooh Lipot, « c’est un acte de justesse et de justice qui doit servir de boussole à l’Upc au moment où certains groupuscules oublient le prix payé par nos pères fondateurs ». Il poursuivit  : « C’est le lieu pour moi de témoigner ma reconnaissance à l’égard de Daniel Ruben Um Nyobè, qui par sa clairvoyance politique, a accepté de vaincre les prismes de l’extrémisme afin de servir d’emblème de pardon et du dialogue, pour une société camerounaise qui aujourd’hui, face à certains élans de négation de l’unité et de l’indivisibilité du Cameroun, en a besoin ».

Pour cet élu de la nation, sa recrue de choix et de poids  « nous montre que face à l’intérêt supérieur de la Nation, les cœurs doivent briser totalement et de manière hyperbolique les prismes du tribalisme, de l’ethnocentrisme, du népotisme pour s’ouvrir essentiellement à l’esprit nation tout en privilégiant le culte de la République. Loin des surenchères de la politique politicienne, chaque homme politique doit mettre en évidence ce qui vivifie la culture de l’appartenance à la Nation, à la République et à l’État du Cameroun ».

Maintenant qu’il est aux affaires, on attend voir ce qu’il va faire, lui qui est un illustre inconnu pour la base de cette formation politique, son seul crédit étant d’être le fils de son père. Le militantisme patriotique est-il génétiquement transmissible ? On le verra.

Louis fernand Tayou

Paul Biya avait-il déjà dévoilé son successeur ?

Alors qu’il s’apprêtait à quitter Buéa il y a 3 ans à l’issue d’un voyage dans le Sud-ouest pour le Cinquantenaire de l’indépendance, le chef de l’Etat pouvait bien avoir révélé l’identité de la personne qu’il voudrait voir le remplacer à la magistrature suprême

En politique il est vrai que tout est sujet à interprétation, même les actes les plus anodins. A fortiori quand il s’agit d’une attitude lourde de sens, à un moment où l’on sait que les regards de tout le pays sont braqués sur soi. M. Paul Biya sait donc bien ce qu’il fait, l’exercice du pouvoir lui ayant donné une expérience qui l’empêche d’être l’auteur de bourdes diplomatiques ou d’impairs protocolaires. Et il s’agissait bien de protocole le 22 février 2014, moyen qu’avait peut-être choisi le magistrat suprême pour présenter à la nation celui qu’il voudrait voir à sa place, une fois achevé son septennat actuel. Ce pourrait être son épouse, Chantal Biya. Revoyons les images telles qu’elles nous ont été présentées par la télévision nationale, quand dans la capitale régionale du Sud-ouest il allait embarquer à bord de l’hélicoptère présidentiel, en compagnie de la Première dame. Au bas de l’échelle de coupée, se retournant vers les populations le chef de l’Etat avait levé les bras pour leur adresser ses gestes d’adieux, avait croisé les mains au-dessus de sa tête en signe d’unité, pour que nous restions soudés autant entre nous que derrière lui. Puis il avait gravi la passerelle menant à la cabine, s’était retourné une dernière fois quand il eut atteint la plus haute marche, avait encore levé le bras pour s’engouffrer enfin dans l’appareil.

Pendant ce temps où était Chantal Biya ? Elle était encore en plein dans un bain de foule, où elle prit son temps avant de se diriger à son tour vers l’aéronef, dans lequel elle avait rejoint son mari. Non sans avoir une dernière fois, au moment d’y pénétrer, eut le souci de se retourner encore pour adresser des gestes d’au revoir. Si bien que la dernière image que l’on avait eu de cette visite ô combien symbolique de célébration des cinquantenaires n’était pas, comme il se devait, celle du chef de l’Etat,  mais de sa douce moitié. Le timing du protocole de ce départ s’était donc déroulé comme si c’était Paul qui accompagnait Chantal. Et que c’était par conséquent à elle de recevoir les derniers souhaits de bon voyage que leur adressait, de loin, la foule.

Une nouvelle ère ?

Comment les choses auraient-elles dû se passer, si le taiseux hôte d’Etoudi n’avait voulu envoyer un message aux Camerounais ? Galanterie et règles protocolaires obligent, au bas de l’escalator il aurait d’abord laissé monter sa femme, l’aurait suivie, et c’est donc lui qui aurait en dernier lieu occupé les esprits. Mais en laissant cet honneur à Chantoux, énigmatique, c’est peut-être à dessein qu’il s’y était prêté, dans ce qui pourrait être une hypothèse de succession ayant le double mérite d’apporter le changement tout en assurant la continuité. En effet si Chantal Biya devient chef de l’Etat, le franchissement d’une barrière psychologique que représenterait l’arrivée aux affaires d’une femme pourrait faire passer la pilule, à la façon d’un François Mitterrand nommant Edith Cresson à Matignon : l’arrivée d’une représentante du sexe dit faible à la primature se voulait alors une stratégie devant permettre au chef de l’Etat français de rebondir.

Pour le Cameroun, cela reviendrait alors non seulement à tenir compte de la transmission du témoin entre générations, mais aussi à tenir compte de l’approche genre. Un tel scénario aurait-il quelque chance de succès ? Assurément, car Chantal Biya ne manque pas d’atouts dans son jeu. D’abord son charme et sa grâce, qui la dotent d’un charisme naturel provoquant de l’empathie pour sa tendre personne. Ensuite son aura internationale, l’ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO ayant depuis capitalisé cette stature pour acquérir une envergure transcendant nos frontières. L’on ne saurait occulter son carnet d’adresse bien fourni, qu’il s’agisse des grands de ce monde ou de l’élite de notre pays, qui seraient bien prêts à la ménager et non lui savonner la planche. Relevons aussi le tour de main qui est désormais sien dans la gestion des structures qu’elles aura portées sur les fonts baptismaux, qui toutes œuvrent dans le social.  Last but not the least, la présence à ses côtés de son époux, qui lui apporterait de judicieux conseils, serait un élément important dans la manière dont l’actuelle Première dame pourrait être amenée à conduire les affaires étatiques. Bien que phallocrate, machiste, encore largement arc-boutée sur des concepts pourtant abscons de domination naturelle des mâles sur la gent féminine, notre société serait pourtant prête à sauter le pas, l’exemple de deux autres femmes sur le continent présidant aux destinées de leur pays respectif sans qu’on n’y décèle une tare congénitale à assumer de telles fonctions, est là pour faire changer d’avis ceux qui voudraient continuer à freiner des quatre fers, dans ce cadre.

Alors Chantal Biya à Etoudi ? Elle y est déjà. Comme magistrat suprême, pourquoi pas si cela peut nous assurer une transition sans heurts en ces temps où ici et là, de tels exercices sont porteurs de frictions et conflits débouchant souvent sur le délitement de l’Etat, les destructions de biens et de grandes pertes en vies humaines ? On connait de pires scénarios qu’une telle hypothèse, on sait qu’existent chez nous de pires solutions, si l’on veut scruter le seul landerneau politique où se trouvent ceux qui estiment être mieux qualifiés pour prétendre à la succession.

Florian Kuipou

BONNE GOUVERNANCE: Le Conseil supérieur de la Magistrature enfin convoqué

Après une longue période de léthargie, ce conclave tiendra ses prochains travaux en juin 2017.

Voici trois ans que le dernier Conseil supérieur de la Magistrature s’est tenu au palais de l’Unité. Censé regrouper l’ensemble de ses membres tous les ans sur convocation de son président, le chef de l’Etat, l’on n’en avait plus depuis entendu parler. Cette mise sous le boisseau commençait déjà à perdurer, et Paul Biya vient de se réveiller pour en réactiver les travaux. Quand l’on sait que c’est cette instance qui s’occupe des principales affectations et promotions concernant le corps des magistrats, de leurs dossiers disciplinaires, de la nomination des auditeurs de justice appelés à être magistrats du siège, l’on ne peut que s’interroger sur le pourquoi et le comment de tous les actes de cette nature qui sont intervenus depuis le dernier conseil. Certains n’hésitant pas à dire qu’en vérité, la principale affaire qu’auront à traiter les  assises annoncées concernent le cas Ayah Paul Abine, magistrat hors hiérarchie en rupture de ban, que les récents événements survenus dans les régions du Nord-ouest et du sud-ouest ont transformé en dissident. Lui qui était déjà opposant, car n’étant point encarté dans le RDPC puisqu’étant président du People action party. La montagne accouchera-t-elle d’une souris ? On peut le subodorer.

EDGARD ALAIN MEBE NGO’O: Ne vendons pas la peau de l’ours

Certains croient son drapeau en berne auprès de Paul Biya. Ce qui est peut-être loin d’être vrai.

Nul besoin de ratiociner là-dessus : le portefeuille de ministre des Transports est moins prestigieux que celui de ministre de la Défense. L’ordre de préséance gouvernementale l’établissant du reste sans ambages. Aussi est-ce avec un air entendu que dans les cercles et chaumières, l’on a vu dans le changement du maroquin attribué à M. Mebe Ngo’o une manifestation du désamour que lui porterait le chef de l’Etat ; ou pire, un désaveu. Pourtant, en décryptant les raisons des ressorts ayant pu pousser Paul Biya à prendre cette décision qui, convenons-en, est un des faits marquants du récent réaménagement gouvernemental, l’on comprend qu’il faudrait être plus circonspect, et que ce serait bien imprudent, voire impudent, d’avoir là-dessus une position tranchée.

Déjà, un fait milite en la faveur qu’existe toujours entre le président de la République et le tout nouveau ministre des Transports des liens solides que rien ni quiconque ne sauraient trancher : le maintien du second au gouvernement. Si pour une raison ou une autre Paul Biya avait voulu mettre l’autre sur la touche, plusieurs options se présentaient à lui ; la première étant son éviction pure et simple de l’équipe ministérielle. Ce qui n’aurait provoqué aucune commisération. Nul n’aurait poussé des cris d’orfraie, le pouvoir discrétionnaire que lui attribue la constitution donnant toute latitude au locataire d’Etoudi de nommer et démettre à son gré. N’a-t-il pas par le passé eu à se séparer de certaines compétences pourtant unanimement saluées, sans que cela provoque le moindre remous ? Le cas Edouard Akame Mfoumou est bien emblématique à cet égard. Si donc Paul Biya voulait mettre à l’index Edgard Alain Mebe Ngo’o, ce dernier serait tout simplement passé à la trappe le 02 octobre dernier. Ce qu’il n’a pas fait. A défaut de le renvoyer carrément au quartier, l’Homme du 06 Novembre aurait pu lui accorder une sortie honorable, en l’éloignant par le biais d’un poste d’ambassadeur dans un grand pays. Celui de Paris par exemple, libéré avec le retour à Yaoundé de notre plénipotentiaire Lejeune Mbella Mbella.

Trompe-l’oeil

Pourtant, comme on l’a tous relevé en ce fatidique premier vendredi d’octobre, M. Mebe Ngo’o reste ministre de la République. Ayant reçu un portefeuille dont l’importance était paradoxalement négligée, et qu’il est appelé à valoriser de son aura. Peut-être est-ce là l’une des raisons ayant amené le chef de l’Etat à le mettre à la place de son ex beau-frère Robert Nkili, qui folklorisait une fonction devant être stratégique, dans notre quête de développement. Si l’on dit là où la route passe, le développement suit, suppose l’utilisation de ces axes de communication pour le déplacement harmonieux des hommes et des biens. Mission qui relève bien des attributions du Mintrans, qui a en outre la responsabilité des trafics aérien et maritime. C’est donc tout sauf une sinécure, une voie de garage, que de recevoir en ces temps pour tâche d’optimiser la fluidité du transport sur terre, en en mer et en l’air. Ce département ministériel ayant ainsi, sans qu’on en prenne toujours la pleine mesure, une place de premier plan  dans notre marche vers l’Emergence telle que conceptualisée par le président de la République. Et au quotidien, les défis qui l’y attendent sont nombreux, certains délicats, comme la prévention ou la gestion des grèves des transporteurs : camionneurs, taximen et autres. La sécurisation des permis de conduire, leur octroi aux seuls méritants, la vérification de l’état des véhicules sillonnant nos routes, sont autant de challenges qui l’attendent, porteurs d’enjeux ayant retenu l’attention du chef de l’Etat, comme pour l’organisation de la CAN féminine de football l’an dernier et dans la perspective de celle de 2019 qui se déroulera aussi chez nous.  Certain il est qu’avec le pragmatisme et la rationalité qui caractérisent ce proche collaborateur de longue date, lui dont le discours galvanisant porte l’action, les résultats qu’en attend Paul Biya seront atteints. Et c’est dans cette perspective des CAN de football que ce jeu de chaises musicales avait été observé, concernant principalement trois protagonistes : Louis Paul Motaze qui est revenu à l’Economie, Plan et Aménagement du territoire afin de finaliser les chantiers y afférents, Pierre Bidoung Mkpatt qui lui est rentré au sport pour nous faire gagner, et Edgard Alain Mebe Ngo’o pour sa part appelé à assainir et moderniser le secteur devant permettre aux nombreux visiteurs attendus, de parcourir notre pays sans souffrir des tares relevées jusqu’ici, aussi bien pour ce qui est des infrastructures, des équipements, des parcs automobiles et flottes, que le comportement civique des prestataires et agents publics opérant dans ce domaine.

Luttes de positionnement

Et pour cela il est évident que M. Mebe Ngo’o sait y faire, s’étant dans ce paradigme depuis distingué. Déjà lorsqu’il était jeune préfet du Mfoundi, département abritant les institutions nationales, période pendant laquelle ses élogieux états de services et sa prestance lui valurent de faire une brillante entrée à Etoudi pour travailler aux côtés du chef de l’Etat, comme Directeur du Cabinet civil. Ensuite en qualité de responsable de la Police, où il aura positivement marqué les esprits en y imprimant son empreinte, avec des mesures choc telles que la création de postes de police de proximité, aménagés dans des containers et rapprochant les forces de sécurité des populations. Plusieurs coupe-gorges repaires des hors-la-loi ont ainsi été sécurisés, cette présence permanente d’hommes en tenue ayant du reste contribué à éloigner les malfrats. Ou encore les sanctions fortement médiatisées pour servir de solennel rappel à l’ordre aux agents, montrant au citoyen  lambda que s’il est victime d’abus de la part d’un de ces fonctionnaires en uniforme, ce travers ne restera pas impuni pour peu qu’il soit avéré et porté à la connaissance de la hiérarchie.

Au Mindef, l’on s’accorde à reconnaître l’excellence de ses bilans, du reste maintes fois magnifiés par le chef suprême des forces armées en personne. Sous les feux de la rampe avec le problème de Boko Haram qui défraie l’actualité, Edgard Alain Mebe Ngo’o était plus qu’exposé. Donnant davantage du grain à moudre à ceux qui voulaient le présenter comme héritier putatif ou présomptif, ceci pour mieux le griller auprès de Paul Biya qui n’aime pas les dauphins désignés, ne voulant point voir entrouvrir son testament de son vivant. D’après l’analyste Pacôme Dongmo Tapondjou, « Paul Biya a vu que d’ici la fin de son mandat, Mebe Ngo’o serait de plus en plus la cible d’attaques de tous bords, pour le discréditer, le disqualifier auprès de lui, ce qui fragiliserait son action pourtant essentielle pour la paix et la stabilité de notre pays. Et c’est pourquoi il l’a momentanément écarté de la trajectoire de ces francs-tireurs qui le mettaient dans leur ligne de mire parce qu’il était responsable de la Défense.et par ce fait même, l’un des hommes les plus puissants du pays. Beti Assomo n’aura pas les mêmes problèmes, car n’étant pas homme du sérail on ne le voit pas sur les starting blocks pour Etoudi, après Biya ».

Il pourrait donc bien s’agir d’une partie de poker menteur où l’atout maitre est mis en réserve, le temps que l’adversaire s’essouffle et épuise ses munitions sur d’autres objectifs. Mais à l’évidence, on a vu cet homme   rester imperturbable, lui qui a enfilé sans façon ses nouveaux habits de Mintrans, toujours conduit par sa fidélité et sa loyauté à l’homme providentiel qu’il a décidé de servir et pour lequel il veut continuer à œuvrer, aussi longtemps que le père sollicitera le fils, pour les missions de son choix que le plus jeune recevra toujours avec dévotion et ferveur.

   Florian Kuipou

ISSA TCHIROMA BAKARI: Un caillou dans la chaussure de Paul Biya

Nonobstant ses éructations tendant à présenter le chef de l’Etat comme étant l’homme qu’il faut à la place qu’il faut (ce qu’il refusait mordicus il n’y a pas si longtemps), le Mincom a certainement un agenda caché dont l’atteinte ne peut qu’être préjudiciable à l’Homme du Renouveau. Décryptage.

                                                                                                                

RETOURNEMENT DE GANDOURA

« Biya ne peut prendre le Cameroun dans la prospérité et le ramener à la misère »

Ces propos d’Issa Tchiroma Bakari, il y a à peine une décennie, révèlent crûment la duplicité d’un politicien dont le chef de l’Etat doit se méfier. Lire notre décryptage des déclarations incendiaires du Mincom sur l’homme du Renouveau.

Voici 10 ans qu’Issa Tchiroma Bakary (ITB) montait au créneau pour fustiger celui qu’il sacralise et sanctifie aujourd’hui. Au point que l’on est en droit de se demander où se situe la césure entre le Biya parfait actuel et le Biya calamiteux d’hier. Oui, l’on ne peut que s’interroger sur ce qui peut bien avoir amené le Mincom à changer aussi radicalement de position vis-à-vis du même individu, passant d’un extrême négatif à un autre, des plus laudateurs. Et sans doute la réponse se trouverait-elle dans la magie du décret qui a porté l’ancien (?) opposant au gouvernement. Décision du président de la République qui, rappelons-le, relevait surtout de l’acceptation du leader du FNSC de faire sauter, début 2008, le verrou empêchant Paul Biya de briguer un 3ème septennat d’affilée. En effet, non seulement il avait publiquement soutenu cette réforme constitutionnelle pourtant décriée par ses pairs de l’opposition, mais bien plus il s’était investi dans le plaidoyer d’une telle modification, servant sur un plateau en or à l’hôte d’Etoudi un mets de choix. Celui qui permettrait à ce dernier de pouvoir dire : « Voyez, même de farouches opposants cautionnent ma décision… »

Car farouche opposant ITB l’était. Sans doute rempli de fiel pour le régime, ne serait-ce qu’en raison des longues années par lui passées au cachot, suite à la tentative de putsch d’avril 1984 où la gestion post-coup d’Etat ne l’avait guère épargné, bien qu’il se soit défendu d’y être pour quoi que ce soit. Le ton péremptoire qu’il utilisait alors pour clouer le régime Biya au pilori, le vouer aux gémonies, était sans équivoque, brillante traduction de la piètre estime en laquelle le Mincom tenait (faut-il vraiment en parler au passé ?) l’homme du 06 novembre.

Politicien de pacotille

Tenez : invité par un confrère alors à Magic FM, M. Tchiroma déclarait à son micro : « L’histoire de ce pays jusqu’ici n’a été écrite que par les thuriféraires du régime de M. Biya, par les gens qui lui sont redevables ». Il faisait ainsi pire que balayer d’un revers de la main le catéchisme officiel présentant le président de la République comme un digne envoyé de la Providence. En comparaison avec les bilans de son prédécesseur, présenté par M. Tchiroma comme ayant tout fait alors que son successeur aura tout détruit. Dénonçant la corruption des responsables publics adoubés par Paul Biya, d’autant plus à condamner qu’ils avaient au demeurant été formés à bonne école, ayant eu de bons exemples, d’excellents modèles, il avait affirmé : « Tous les collaborateurs du président Ahidjo sont morts misérables, tous ont des taudis, c’est deux fois rien ». Suivez son regard, eu égard à l’impressionnant parc immobilier de nombreux gestionnaires actuels de la fortune publique, pris par une véritable frénésie de bâtisseurs. Impudence et imprudence, pourrait-on dire à propos d’eux, le chef de l’Etat lui-même n’ayant pas encore achevé sa résidence au quartier Golf à Yaoundé, dont les fondations datent.

Poursuivant dans sa diatribe, le Mincom éructait : « M. Biya ne peut pas prendre le Cameroun dans la prospérité comme il l’a dit lui-même, et le ramener à la misère et s’attendre à ce que ses concitoyens continuent à lui faire confiance, à jeter leur dévolu sur lui ». Pour mieux comprendre la portée de ces allégations, resituons-les dans leur contexte, qui était celui d’avant une élection présidentielle. A en croire M. Tchiroma (qui fut du reste parmi ceux que l’on entendit dénoncer plus tard les résultats de ce scrutin remporté par Paul Biya), le mari de Chantoux ne méritant pas les suffrages des Camerounais, et il fallait donc s’attendre à ce que les urnes lui soient défavorables. Toute proclamation de résultats contraires ne pouvant forcément qu’être un faux grossier…

Revenant à M. Ahidjo alors qu’il déblatérait sur le concept d’unité nationale mis à mal par les tenants actuels du pouvoir, ITB poursuivit avec la même verdeur : « Il (Paul Biya, NDLR) ne veut pas de la réconciliation, la dépouille du président Ahidjo se trouve encore à Dakar ». Maintenant qu’il pare Paul Biya de toutes les vertus, dont celle de chantre du vivre-ensemble des Camerounais, on voudrait bien qu’il nous montre la sépulture du premier président camerounais à Garoua ou ailleurs sur le sol de ses ancêtres. D’après M. Tchiroma, il n’appartenait point à la famille de l’illustre disparu de mener des démarches pour le rapatriement des restes de M. Ahidjo, celui-ci appartenant à tous les Camerounais. L’on a ici un autre spectaculaire revirement d’ITB qui, il n’y a pas longtemps, déclarait le contraire sur le plateau de la chaîne de télévision Vox Africa, alors qu’il était interrogé sur cette évolution de sa position. Toute honte bue, il affirma récemment qu’il revient à la famille, notamment à la veuve ou aux orphelins du défunt, de piloter une éventuelle opération de retour au bercail de ce qui reste de la dépouille du premier président.  Vous avez dit reniement ?

  1. Tchiroma qui pourfendait l’incurie du régime refusait mordicus qu’on trouve des circonstances atténuantes au chef de l’Etat, qui pour certains serait victime des turpitudes de son entourage, et serait trahi par de hauts commis de l’Etat en qui il a mis sa confiance. « Que les gens cessent de dire que le président Biya est bon et ses collaborateurs sont mauvais. Le président Biya l’a dit lui-même ; il suffit qu’il opine de la tête pour dégager toute personne qui ne lui convient pas». Avant de poursuivre sur la même lancée, enfonçant le clou couteau entre les dents : « Qu’on cesse donc de faire des autres des boucs émissaires (…) puisque le président Biya est seul comptable ».

Dans son esprit revanchard, ITB allait même jusqu’à dénier à M. Biya le principal argument généralement présenté pour magnifier son action à la tête de la nation. Celui de la paix dont il est garant, et qu’il aura réussi à maintenir en dépit de l’intérêt des uns qui s’entrechoque à ceux des autres. Morceau choisi de ce sujet sur lequel s’épanchait alors ITB, pour faire pâlir l’aura du chef de l’Etat : « Le Cameroun est calme. Et s’il y a paix, c’est la paix des cimetières. Regardez le culte de la personnalité auquel on procède aujourd’hui au niveau des médias officiels, c’est simplement inacceptable ! ».

Roublardise

L’on doit se pincer pour être sûr de ne pas être en train de rêver. Est-ce bien le même individu dont le lyrisme abscons, de nos jours, tresse des lauriers mirifiques à Paul Biya, avec des figures de style relevant de l’idolâtrie ? Lui en tant que Mincom, ne voit-il pas le regain de griotisme de la CRTV et de Cameroon Tribune, dont les commentaires sur le chef de l’Etat ne dépareraient pas dans la pravda stalinienne où le Petit père des peuples remplaçait le Christ ? M. Tchiroma ne se contente point d’observer le traitement disproportionné qui est réservé aux moindres mimiques du chef de l’Etat, sur lesquelles l’on ratiocine à l’envi. En donnant de béates explications au moindre de ses tics, à ses gestes les plus anodins. Car il y contribue plutôt grandement, usant et abusant de sa stature autoproclamée de porte-parole du gouvernement, pour tenir le crachoir plus souvent qu’à son tour. Surtout que l’homme aime s’entendre parler, et ne boude guère son plaisir lorsqu’il a en face de lui un auditoire. A défaut de pouvoir parler à un groupe de militants de son parti tant ses rares meetings sont clairsemés, il se rabat volontiers sur les pauvres hommes et femmes des médias, régulièrement invités contre espèces sonnantes et trébuchantes pour couvrir ses nombreuses conférences de presse, qu’il tient sur tous les sujets. Mais dont le dénominateur commun est d’encenser le don du ciel qu’est le président Biya pour le Cameroun.

Celui qui ces temps se pose en rempart inexpugnable du chef de l’Etat, au point de clamer qu’il faudrait lui passer sur le corps si on en veut à la personne du chef de l’Etat, disait voici dix ans : « Il faudrait que le peuple baroudeur se réveille et qu’il se dise : non, on doit construire la prospérité basée sur la solidarité, basée sur l’équité, sur la justice, et non aujourd’hui sur des mensonges grotesques ».

  1. Tchiroma qui, dribblant ses amis de l’opposition avait tourné casaque pour entrer au gouvernement, regrette-t-il aujourd’hui ces propos lorsqu’on les lui fait réécouter ? « J’assume tout ce que j’ai dit», assène-t-il dans une posture qui ressemble davantage à de la bravade. Il se justifie en ces termes : « J’étais un opposant pur et dur (…). J’étais le représentant de la coalition qui voulait arriver au pouvoir. (…) C’est le métier des politiciens de caricaturer la vérité». Evidence que paradoxalement il refuse de reconnaitre aux opposants actuels, après avoir fait défection en transfuge  sans état d’âme, voire sans âme, pour rejoindre le camp de l’adversaire. Jouissant sous les ors de la république, des privilèges dus et indus à son rang, il n’a de cesse depuis de chanter les louanges de celui qui l’a tiré de la dèche, comme si son maintien aux affaires est tributaire du degré de flagornerie et de larbinisme dont il fait preuve au quotidien. Tant et si bien que même les humoristes en font leurs choux gras et s’en donnent à cœur joie sur ce qu’il nous sert, eux qui brocardent sa manière éhontée de passer la brosse à reluire au chef de l’Etat. Il en fait tellement, que l’on ne peut  souvent s’empêcher de penser à ce penseur qui disait : « La bêtise humaine est la première chose qui donne une idée de l’infini ». Il en fait tellement, que l’on se demande pourquoi il ne suit pas les traces d’un Jacques Bimaï qui a sabordé  son micro-parti (comme le Front national pour le salut du Cameroun-FNSC de Tchiroma) pour rejoindre avec armes et bagages  le RDPC. Si en effet Paul Biya est tel qu’il le dépeint, et mérite bien le soutien total et enthousiaste de l’ensemble de ses compatriotes, pourquoi ITB ne le rejoint-il pas dans sa formation politique, au lieu de continuer comme il la fait encore avec sa faction à lui ? Déjà que pour ce qui est de porter Paul Biya au pinacle, il s’agite plus que les pontes du parti des flammes. Que M. Tchiroma s’assume jusqu’au bout, pour enfin montrer à Paul Biya qui n’est certainement pas dupe, qu’il joue franc jeu. Chiche !

Dossier réalisé par Florian Kuipou

SEJOUR DU NAVIRE-HOPITAL AFRICA MERCY AU CAMEROUN : L’aveu d’échec de notre politique sanitaire

L’appel au secours lancé en direction de l’ONG humanitaire internationale Mercy Ships par le chef de l’Etat en personne, est assurément une éclatante reconnaissance de l’incurie  des autorités publiques en ce qui concerne nos infrastructures hospitalières.

L’adage le dit : nul ne saurait se prévaloir de sa propre turpitude. Malgré la probante pertinence de cette assertion, le Mincom Issa Tchiroma Bakary ne semble pas la connaitre, lui qui à la fin du mois dernier est monté au créneau pour claironner, une fois de plus, ce qu’il a voulu présenter comme étant une autre victoire du l’homme du Renouveau. Sans véritablement prendre la pleine mesure de ses propos déclamatoires, qui in fine montraient à l’envi que l’Etat ne fait pas grand-chose en faveur de la santé des populations, ce qui est tout le contraire de ce que voulait faire accroire l’inénarrable  ministre de la Communication. En effet, c’est flanqué par deux autres membres de l’équipe Yang, la MINAS et le MINSANTE, que le porte-parole du gouvernement  a tenu tout un point de presse pour annoncer la « grande » nouvelle : l’accostage et le séjour du navire-hôpital Africa Mercy qui sera à quai sur les berges du Wouri, dans les prochaines semaines. Propriété comme d’autres bâtiments du même genre d’une ONG, cette embarcation sera chez nous en août et juin prochains, pour assurer des opérations en chirurgies générale et orthopédique, maxillo-faciale, plastique reconstructive, ophtalmologique et soins dentaires. Toutes choses qui, pourtant, devraient être le quotidien de nos formations sanitaires. D’où l’incongruité qui réside dans le fait que soit instrumentalisé tout ce battage pour parler de cette visite humanitaire, qui à la vérité établit juste le manque ou le mauvais état de nos infrastructures médicales, dont le plateau technique souffre de manques criards en dépit des sommes mirobolantes débloquées à tour de bras par l’Etat pour les équiper.

Cette opération, apprend-on, se déroulera à l’invitation du président de la République Paul Biya, qui l’a placée sous le très haut patronage de son épouse, ci-devant ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO, le Premier ministre devant en assumer la coordination. La prise en charge thérapeutique étant plafonnée à 6 000 patients qui seront soignés dans le cadre de cette affaire, l’on comprend ce qu’un tel nombre a de dérisoire au regard des besoins enregistrés sur le terrain. Et les autres qui n’auront pu être retenus, que feront-ils ?

Quand M. Tchiroma vante les installations de ce navire-hôpital qui pour lui est un  « cadre de soins digne des plus grands hôpitaux universitaires occidentaux » avec ses 82 lits, l’on se demande s’il n’a point honte qu’un Etat comme le nôtre soit obligé d’avoir recours, pour soigner ses administrés, à une structure privée de l’étranger. Puisque c’est le président Paul Biya qui, lors de son dernier discours d’investiture (03 novembre 2011) à l’Assemblée nationale, rappelait qu’il avait en bonne place dans sa feuille de route la tâche de « faciliter l’accès aux soins de santé et aux médicaments de qualité » à l’ensemble des Camerounais. L’arrivée de ce navire ne pouvant donc qu’être un épiphénomène, véritable poudre aux yeux qui ne viendra rien résoudra dans le fond. Toute cette agitation s’analysant sous le prisme d’un début de campagne électorale, où à coups de bluffs l’on mobilise les citoyens. Et c’est bien pourquoi toute la logistique gouvernementale est mise en branle dans ce processus, notamment de nombreux ministères. Celui en charge des Transports devant pour sa part prendre sur lui d’acheminer gratuitement en aller et au retour les patients retenus ainsi que leurs éventuels accompagnateurs, qui seront du reste  nourris et logés sur fonds publics.

Une structure comme la Fondation Chantal Biya aurait pu être à l’origine de cette invitation, cela aurait été dans la norme des choses. Mais que ce soit toute l’architecture de l’Etat qui y soit impliquée, d’Etoudi et son locataire lui-même à différents départements ministériels en passant par l’immeuble Etoile et son patron, devrait faire rire… jaune. D’autant plus que d’autres pays africains qui ont eu à bénéficier de la même sollicitude de l’ONG Mercy Ships, en l’occurrence le Congo (2013/2014), Madagascar (2015/2016) et le Bénin (2016/2017) n’avaient guère fait un tel ramdam pour l’arrivée du navire-hôpital. Shame !

Par Léopold YAMDJEU

Cameroun/Haute sanaga: La population en colère contre les élites.

Elles sont plus préoccupées par des bagarres sans objets abandonnant le département dans un délabrement indescriptible. 

S’il est répandu au sein de l’opinion que c’est le département le plus en vue du fait que certaines personnalités de la république y tirent leurs racines, les populations locales ont du mal à voir l’intérêt d’avoir des dignes fils au sein de l’establishment. Encore que la dernière chronique a réduit  ce département au rang des faits divers. Puisque l’un de ses dignes fils a fait l’objet de toutes les conversations pour avoir « fait allégeance » au chef de l’état pendant la cérémonie de réception des lionnes indomptables au palais de l’unité après la can féminine que le Cameroun vient d’organiser.de nombreux chantiers longtemps annoncés  restent sans suite. il y a par exemple celui  de la réalisation de la national numéro 1 qui depuis bientôt une dizaine d’années n’a toujours pas été livré alors qu’à l’époque des faits c’est un originaire de la haute Sanaga qui avait en charge le ministère des travaux publics ;des informations disponibles font état de ce que l’entreprise ayant décroché le marché par des moyens alambiqués auraient rempli son cahier de charge et que c’est la partie camerounaise qui ne jouerait pas franc jeu. Pourtant au départ de l’affaire, l’on signalait alors que les fonds avaient été mobilisés ce qui demeure aujourd’hui un véritable serpent de mer.la route s’arrête dans l’arrondissement de Nkoteng et les automobilistes sont parfois obligés d’emprunter des voies de contournement pour espérer arriver à bon port. Bien avant la reception du chantier, celui-ci présente déjà des signes de délabrement. Le bitume cède peu à peu, la broussaille envahi la chaussée, les drains mal exécutés se remplissent ce qui du coup permet de s’interroger sur la qualité du matériau utilisé pendant  les travaux.la curiosité dans tout ça est le mutisme de l’Elite constituée en majorité des hauts responsables de la république. Dans ce que d’aucuns ont qualifié de Mémorandum du Mfoundi, Emile Onambele Zibi estimait que la haute Sanaga contrôle une partie du pouvoir de Yaoundé en ce sens que des fils de ce département occupent des prestigieuses fonctions dans la république. Ils sont députés, Sénateurs, Ministres, secrétaire généraux de ministères, inspecteurs généraux, directeurs généraux, cadres de l’administration centrale et simple fonctionnaire. Seulement et contrairement aux autres départements que compte le pays ; ces fils de la haute Sanaga ne s’aiment pas du tout, ils se détestent, se soupçonnent et se jettent les peaux de banane. Conséquence, ce sont les populations qui paient les frais de ces batailles fratricides. Aucuns projets ne voient le jour et toute initiative prise par un tiers est plombé par l’Elite. Le sous développement est palpable, les arrondissements sont liés par des ruelles mal entretenues ; les centres de santé et les hôpitaux ne sont que de noms, puisque le plateau technique n’y est pas n’en parlons plus du personnel qui se fait rare ; quelques spécialistes affectés en ces lieux préfèrent  se confiner en métropole. Pour ce qui est de l’enseignement certains  établissements transformés en lycées ne bénéficient guère de l’accompagnement nécessaire y compris la petite éducation. A certains endroits les bâtiments n’existent presque pas ou alors se trouvent un enseignant pour tout un cycle. L’activité économique n’est réduite qu’à la débrouillardise puisqu’avec des coupures de courant qui vont jusqu’à faire des mois, il est difficile d’entreprendre quoi que ce soit. Même les fonctionnaires en service de ce côté sont obligés de se déplacer vers la capitale politique pour espérer saisir un document ou effectuer un quelconque travail nécessitant l’usage du courant électrique. . Seuls les plus nantis font usage des groupes électrogènes. Il y a par exemple la délégation départementale de la communication qui est sans responsable. Le poste est vacant car l’ancien occupant ayant été admis en retraite n’a jamais été remplacé. La  question d’approvisionnement en eau potable reste un débat sans fin. L’oisiveté aidant, les jeunes sont obligés de migrer à défaut de se lancer dans la consommation abusive de l’alcool et des stupéfiants de tout genre. Au plan politique, la décentralisation traine encore le pas avec son corolaire de transfert de compétences et de ressources. Rares sont les fois où les élus du peuple  ont effectué un compte rendu parlementaire ; les plus malins procèdent à la remise de quelques pacotilles et coquilles vides aux populations et pourtant des fonds sont réservés à cet effet. En clair la Haute Sanaga manque d’un rassembleur et  leader car aucune autorité ne peut prétendre avoir parole auprès de l’opinion. Chacun joue « une place ».il y a comme une reproduction sociale le non renouvellement l’élite gouvernante. Certaines informations font état de ce que ce bastion du parti au pouvoir pourrait connaître l’arrivée d’autres forces politiques à la veille des prochaines échéances électorales.

Michael Doppas