SOCIETE

SURCHARGE DANS LES TAXIS: Un échec de Mebe Ngo’o

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Le Mintrans n’a point réussi, sans doute pour des raisons politiques, à mettre fin à ce phénomène qui n’a que trop duré.

Un des scénarii classiques est le suivant : le  passager lambda est pris en surcharge à l’avant, les trois autres occupants du véhicule et le chauffeur étant de connivence. Toutes les vitres sont levées, et les personnes présentes à bord transpirent à grosses gouttes sous l’effet de la chaleur. C’est alors que de sa boîte à gants le conducteur sort un levier, le tends au dernier passager en lui demandant de relever sa vitre. Quand celui-ci s’exécute, pendant ses rudes efforts pour faire jouer un engrenage que les autres savent grippé, il est prestement fouillé, des poches intérieures et externes de sa veste, sa chemise, celles du pantalon, le sac à main des dames… Le taximan dévoyé, au badge illisible, l’encourage alors à persévérer, se mettant au besoin à lui raconter une histoire farfelue sur un précédent passager qui  aurait détraqué le système permettant de lever ou baisser cette vitre. Tout cela pour occuper l’esprit de la victime en train de se faire dépouiller. Une fois le coup accompli, incontinent le chauffeur se gare et dit au concerné : Vous allez à tel endroit ! Ah, je crois que nous allons plutôt passer par tel axe. Excusez-moi, prenez un autre taxi. C’est quand la victime descend, parfois contente de s’être vu raccourcir le trajet, qu’elle se rend compte du vol, alors que les autres fondent dans la circulation et disparaissent.

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Même quand il ne s’agit pas de pickpocket, l’inconfort de la position du passager lui fait parfois se vider les poches du pantalon, du kaba, de la jupe. Objets divers, papiers, documents, argent, pièces officielles, sont parfois irrémédiablement perdus. Sans parler des courbatures, des crampes.

De l’exception à la règle

Tout est parti de la grève des taximen du 28 février 2008, qui créa des désagréments et pertes économiques telles que, pour la première fois dans la capitale,  il y eut de la part de civils un mouvement insurrectionnel de jeunes qui s’en prirent aux institutions, aux symboles de l’Etat. Dans ce qu’on appela alors les émeutes de la faim. Une fois l’ordre ramené après quelques jours de flottement, et qu’une solution dut d’urgence être trouvée au problème initial ayant fait paralyser les villes (celui de la circulation des véhicules jaunes), les taximen mirent fin à leur cessation d’activités. Et en attendant que des concessions leur soient concédées par les pouvoirs publics  sur le prix du carburant, qui venait d’être augmenté et avait provoqué leur ire, les autorités commencèrent à tolérer qu’ils aient à bord un maximum non pas de quatre, mais cinq passagers. La place supplémentaire qu’on leur accordait ainsi devant leur permettre de combler le gap que créait, dans leurs comptes, l’augmentation imposée à la pompe. Pour des raisons de préservation de la paix sociale, les usagers furent donc les dindons de la farce. Mais une fois les prix du carburant revenus à la baisse, rien ne changea plus dans le nombre de passagers transportés en une seule fois, la brièveté relative des déplacements leur faisant avaler la pilule.

Lorsqu’il entra en fonctions courant octobre 2015 comme ministre en charge des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o  prit la pleine mesure de cette incartade vis-à-vis de la réglementation en vigueur, pour ce qui est de la capacité humaine des véhicules de tourisme faisant le transport à titre onéreux dans nos périmètres urbains. Il voulut donc ramener les choses à l’endroit. Résolu à mener sa nouvelle mission au mieux des intérêts de l’Etat tel qu’il l’affirmait, pour mériter de cette autre charge reçue et de la haute confiance conservée auprès du Prince, M. Mebe Ngo’o fut conscient des problèmes que causaient ces surcharges « tiers-mondisant » davantage nos villes, elles qui inscrivaient dans les esprits la possibilité pour l’Etat de s’accommoder d’entorses aux textes, en certaines circonstances. Ce qui était grave.

Mais sa volonté d’instruire ses services et de saisir à la même fin ceux de la gendarmerie et la police en charge des contrôles routiers, sur la note de service qu’il préparait -nous assure une source proche de son cabinet-  aurait été bridée par le veto de la haute hiérarchie. Elle qui insista sur la nécessité  de ne point brusquer les choses. Une telle décision, sur le plan social, pouvant à l’occurrence être  assimilée à de la provocation. Provocation dont pourraient se servir des forces obscures pour faire resurgir le spectre de vieux démons porteurs de divisions et désordres, dans leur quête de déstabilisation du régime. En attendant, c’est l’usager qui en pâtit. Lui qui paye.

     Florian KUIPOU    

contact@lasymbiose-news.com
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